Chroniques, Littérature

Un autre tambour, William Melvin Kelley

Paru en 1962, Un autre tambour est le premier roman de William Melvin Kelley. Surnommé « le géant oublié de la littérature américaine » par la journaliste Kathryn Schulz, l’auteur nous livre un récit unique et engagé.

Qu’en dit l’éditeur ?

Juin 1957. Un après-midi, dans une petite ville du Sud profond des États-Unis, Tucker Caliban, un jeune fermier noir, recouvre de sel son champ, abat sa vache et son cheval, met le feu à sa maison, puis quitte la ville. Le jour suivant, toute la population noire déserte la ville à son tour.
Quel sens donner à cet exode spontané ? Quelles conséquences pour la ville, soudain vidée d’un tiers de ses habitants? L’histoire est racontée par ceux qui restent : les Blancs. Des enfants, hommes et femmes, libéraux ou conservateurs.

« Eux non plus ne comprennent pas. Ça saute aux yeux. Tucker pourrait aussi bien être égyptien, ils en savent autant que nous sur cette affaire, ni plus ni moins, c’est-à-dire à peu près autant que sur la façon de monter à dos de chameau. »

Qu’en pensent les nuages ?

Nous sommes en juin 1957 dans la ville fictive de Sutton, dans l’état du Mississipi. A la manière d’un conte, l’auteur débute son récit par un fait inexplicable : Tucker Caliban accompagné de sa famille quitte la ville après avoir saccagé son champ et sa maison. Il devient fer de lance d’un mouvement incroyable sans même le savoir. Petit à petit, les habitants Noirs quittent la région définitivement.

Tout comme le lecteur, les habitants Blancs cherchent une explication à ce départ en masse. Dans ce roman polyphonique, ils vont tour à tour s’exprimer pour essayer de comprendre. Chaque chapitre est dédié à un souvenir précis ou à une personne. Du gamin de 8 ans au propriétaire terrien, en passant par l’étudiant parti dans le Nord et le vieux sage détenteur de légendes, ils évoquent leurs perspectives et impressions. Au départ, la profusion de personnages est déroutante mais je m’y suis retrouvée peu à peu. Grâce à la plume fluide et immersive de l’auteur, j’ai réussi à rentrer dans la peau de chacun. Par des allers-retours dans le passé, l’auteur tente d’éclairer la situation actuelle. Parfois la meilleure façon d’appréhender un évènement est d’en remonter sa chronologie.

Au fil des témoignages, j’ai récolté des bribes d’informations sur Tucker Caliban. Même s’il est l’élément central du récit, aucun chapitre ne lui est consacré. Au début, j’ai regretté de ne pas l’entendre expliquer ses raisons, de ne pas pouvoir rentrer dans sa tête. J’aurais aimé découvrir cet homme décrit comme simple d’esprit mais qui a trouvé les ressources nécessaires pour agir, pour rompre l’injustice. Et c’est justement ce qui fait la force et la beauté du roman…toutes les réflexions des habitants qui restent, leurs comportements, leur réaction face au départ, l’histoire même de leur ville aident le lecteur à tirer sa propre conclusion. Oui, dans le chapitre final, la réaction primitive des « homme de la véranda » ne laisse planner aucun doute quant aux raisons de cet exode.

J’ai apprécié cette lecture poignante et singulière. Un récit unique où l’auteur traite avec originalité de la ségrégation, du racisme, du courage qu’il faut pour défendre ses convictions, de l’amitié et de la libération. Parce que, comme Tucker, quand on a perdu une chose précieuse il en faut du courage pour aller la retrouver. Un ouvrage peut être oublié mais qui résonne encore par la pertinence et l’actualité des sujets abordés.

Note : 4 sur 5.

Un autre tambour, William Melvin kelley
Éditions 10/18

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