Chroniques littéraires, Littérature

Vinegar Girl, Anne Tyler

Écrite en 1594, La mégère apprivoisée est une des trois premières comédies de William Shakespeare. Écrivaine américaine ayant remporté un prix Pulitzer, Anne Tyler nous propose une réécriture contemporaine de cette pièce. Un agréable vent de fraîcheur et de modernité souffle sur Vinegar Girl.

Qu’en dit l’éditeur ?

Le docteur Battista vit seul avec ses deux filles depuis le décès de leur mère. Savant fou aussi sympathique que farfelu, il laisse volontiers son aînée, Kate, s’occuper de tout à la maison – et notamment de sa petite sœur, Bunny. Tout ce qu’il demande, c’est un sandwich pour son déjeuner et le moins d’intendance possible. Tout fonctionne parfaitement jusqu’au jour où Louis Battista découvre que le visa de Piotr, son jeune et brillant assistant, arrive très prochainement à expiration définitive… Pour ne pas remettre en cause son précieux rythme de travail, il imagine alors joindre l’utile à l’agréable : convaincre Kate et Piotr de se marier.

« Et, l’espace d’un instant, elle s’efforça d’imaginer ce qu’elle-même éprouverait si elle se retrouvait seule dans un pays étranger, avec son visa sur le point d’expirer, sans savoir clairement où aller ni comment gagner sa vie une fois qu’il ne serait plus valide. Sans parler de la barrière de la langue! Elle ne se débrouillait pas trop mal en langues, du temps où elle étudiait, mais elle aurait été complètement perdue si elle avait réellement dû vivre dans une autre langue. »

Qu’en pensent les nuages ?

Je souhaitais découvrir la plume d’Anne Tyler depuis quelques mois. C’est chose faite avec Vinegar Girl et j’ai tout simplement apprécier sa relecture réussie de Shakespeare. À la manière d’une pièce de théâtre, les chapitres s’enchaînent, les personnages se mettent en scène et les situations cocasses abondent.

L’auteur met en avant un quatuor au caractère bien trempé : le Dr Battista obnubilé par ses recherches scientifiques, sa fille aînée Kate célibataire quelque peu revêche qui campe le rôle de la mégère, sa fille cadette Bunny adolescente très convoitée, en recherche d’indépendance et enfin Pyotr son assistant indispensable à la réussite de ses travaux. Autour d’eux gravite d’autres personnages hauts en couleurs comme les membres de leur famille, les voisins ou les collègues. Ce quatuor unique ne manque pas d’humour (parfois bien malgré eux!) et nous régale avec des dialogues brillants de second degré. Oui, le second degré est omniprésent dans ce roman et permet une double lecture des phrases bien tournées. Les échanges entre les personnages donnent matière à une analyse tout en finesse de la société américaine et des relations humaines. Ayant planté son décor à Baltimore (sa ville de prédilection pour ses romans), Anne Tyle aborde de multiples sujets d’actualité : l’immigration, le rapport à l’étranger, le mariage blanc, la gestion du deuil et de la dépression, la place de la femme, les droits des animaux, la recherche scientifique sans fin, l’éducation, etc. C’est précisément ce que j’ai apprécié dans ce roman…la légèreté n’exclut pas la profondeur du récit.

Vinegar Girl est raconté selon le point de vue de Kate. Introvertie et franche, elle manque bien souvent de tact. Elle est attachée à une certaine routine et toujours en réflexion sur le but de son existence. Malgré son attitude asociale, elle reste attentive aux autres. Au fil des pages, le lecteur constate l’évolution de ses sentiments et la voit apprendre à accepter l’autre, à s’émanciper par rapport à son père. À l’époque de Shakespeare, elle serait sûrement qualifiée de mégère. Mais, ses aspirations, ses envies et ses craintes paraissent tout à fait légitimes de nos jours.

Face à Kate, le personnage de Pyotr est attachant. Étranger, il découvre les us et coutumes de son nouveau pays. Ses remarques sont souvent ponctuées de jeux de mots sur les expressions typiquement américaines. Il apporte un point de vue extérieur et aide à prendre du recul sans pour autant ménager Kate. Orphelin, Pyotr incarne la solitude liée à l’immigration, liée à une situation familiale compliquée, mais ne désespère pas. Son optimisme est mis à rude épreuve dans la famille du docteur Battista.

Les derniers chapitres se permettent même quelques rebondissements et confrontations : si mariage il y a, aura-t-il vraiment lieu?

Une lecture divertissante, très agréable mais qui ne manque pas de réflexion. Prochaine étape dans ma découverte de l’œuvre d’Anne Tyler : La danse du temps.

Note : 4 sur 5.

Vinegar Girl, Anne Tyler
Editions 10/18

4 réflexions au sujet de “Vinegar Girl, Anne Tyler”

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