Chroniques, Littérature

Tout ira mieux demain – Betty Smith | Avis

Un classique américain aux accents vintage

Après le fabuleux Le Lys de Brooklyn, ce fut un plaisir de retrouver la plume de Betty Smith. Ecrivaine américaine d’origine allemande, Betty Smith a grandi dans les quartiers pauvres de Brooklyn à New-York. Avec Tout ira mieux demain, elle signe son deuxième roman publié en 1948.

Qu’en dit l’éditeur ?

« Il ne peut y avoir au monde un endroit où il fasse plus froid, où l’on soit plus seule, se disait Margie Shannon, que dans ce coin désert de Brooklyn, et un samedi soir ! » Arrivée à l’angle de la rue, elle serra plus fort son manteau, déjà étroitement boutonné. Pourquoi était-elle dehors ? Pourquoi marchait-elle par les rues glacées à cette heure tardive ? Tout simplement parce qu’elle avait dix-sept ans et un emploi, qu’elle était maintenant indépendante, et non plus obligée de rentrer à neuf heures chez ses parents. Voilà ! Quitte à périr de froid dans les rues, Margie Shannon estimait qu’elle se devait d’user de cette liberté chèrement payée.« 

Avec son titre joliment prometteur, Tout ira mieux demain n’est pas seulement un roman culte et un chef-d’œuvre intemporel, c’est l’histoire tendre, bouleversante de Margie Shannon, une jeune femme douce et travailleuse qui, armée de son indéfectible optimisme, essaie d’échapper à une vie de pauvreté et de violence dans le Brooklyn des années 1920 pour se forger un destin.

« La montre était le premier bijou de Margie. Elle en était tellement fière! Elle la portait, non sur le poignet, mais dessous; elle aimait faire le geste de retourner la main pour voir l’heure, pour voir à la fois le cadran de la montre et la paume de sa main; l’heure semblait ainsi plus importante, plus personnelle… »

Qu’en pensent les nuages ?

Tourner les pages pour renouer avec le passé

Lire un roman de Betty Smith s’apparente à l’ouverture d’un vieil album photos. Les clichés couleur sépia retracent les souvenirs familiaux. L’atmosphère est empreinte de nostalgie, de mélancolie mais aussi d’espoir. L’ensemble est vintage à souhait. C’est justement la collection Belfond Vintage qui nous permet de redécouvrir depuis quelques années l’œuvre de Betty Smith.

Dans Le Lys de Brooklyn, j’ai eu le plaisir de voir grandir Francie Nolan de ses neufs ans à l’âge adulte. Margie Shannon, l’héroïne âgée de 17 ans de Tout ira mieux demain, est quant à elle tout juste diplômée au début du livre. Elle se lance dans la recherche d’un emploi et rêve d’une vie meilleure, meilleure que celle de ses parents en tout cas. Le lecteur déambule entre l’époque présente (les années 20) et quelques souvenirs d’enfance. Il suit l’évolution de Margie, ses premiers émois amoureux, son premier travail, ses premières sorties nocturnes puis son mariage avec Frankie Malone et sa grossesse. Avec vivacité et une certaine naïveté, Margie trace son chemin dans les rues d’un Brooklyn meurtri par la pauvreté, les privations et les souffrances. Le dénominateur commun de tous les personnages qui gravitent autour d’elle est l’envie de sortir de sa condition sociale. Espérer plus que ce que la vie semble leur réserver. Malheureusement, les frustrations apparaissent et polluent les relations humaines.

Plongée dans un quotidien intime

Malgré des tournures parfois soutenues, la plume de Betty Smith est tendre, lumineuse et sensible. Elle nous immerge dans le quotidien des personnages et décrit avec justesse les détails d’une vie simple mais rude. Elle puise dans son vécu et rend hommage à la classe ouvrière. On oscille entre les banalités du quotidien et les réflexions existentielles. D’un côté, Margie s’émerveille devant une chemise correctement repassée ou la décoration hétéroclite de son petit appartement. De l’autre, elle fait face à la perte d’un enfant et s’émancipe au gré de ses déceptions. Résiliente et profondément optimiste, elle se forge une identité et rêve de liberté. Par exemple, elle lutte pour continuer à travailler après son mariage. Elle gagne en détermination et s’embarque sur une trajectoire au final très moderne pour son époque.

Betty Smith n’hésite pas à nous livrer les pensées les plus intimes de ses personnages, parfois même au cours d’un dialogue. J’aime beaucoup cette particularité qui permet de mieux comprendre leur réaction et leurs aspirations. J’ai également apprécier son analyse des relations parents-enfants. Les séquelles laissées par le manque d’affection et de communication, la difficulté d’exprimer les sentiments, l’attachement irrationnel d’une mère à son fils, les sacrifices consentis par les parents qui sont l’expression même de leur amour,…

Il est vrai que Tout ira mieux demain m’a semblé un brin plus sombre que Le Lys de Brooklyn, mais je me suis délectée de son ambiance vintage, de son héroïne attachante et des réflexions plus que jamais d’actualité. Je compte bien poursuivre avec La joie du matin publié en 2019 aux éditions 10/18.

Note : 4 sur 5.

Tout ira mieux demain, Betty Smith
Editions Belfond Vintage
Parution : mars 2021
384 pages

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