Chroniques, Coups de cœur, Littérature

Le train des enfants – Viola Ardone | Avis

Chronique émouvante d’une enfance italienne

Pour beaucoup d’enfants, les trains sont synonymes de vacances, de nouveaux paysages et de découverte. Mais pour certains, les trains peuvent aussi rimer avec séparation et perte de repères. Avec Le train des enfants, Viola Ardone nous raconte un fait historique méconnu à hauteur d’enfants. Une histoire italienne où la neige surprend, où les flocons flottent comme de la ricotta aux yeux des bambino.

Qu’en dit l’éditeur ?

Naples, 1946. Amerigo quitte son quartier pour monter dans un train. Avec des milliers d’autres enfants du Sud, il traversera toute la péninsule et passera quelques mois dans une famille du Nord : une initiative du parti communiste vouée à arracher les plus jeunes à la misère après le dernier conflit mondial. Loin de ses repères, de sa mère Antonietta et des ruelles de Naples, Amerigo découvre une autre vie. Déchiré entre l’amour maternel et sa famille d’adoption, quel chemin choisira-t-il ?

S’inspirant de faits historiques, Viola Ardone raconte l’histoire poignante d’un amour manquée entre un fils et sa mère.

« Au fur et à mesure que je m’éloigne de ma vie de maintenant et que je me rapproche de ma vie d’avant, les têtes de Derna, de Rosa et d’Alcide se transforment en celles de ma maman Antonietta, de la Royale et de la Jacasse. Tommasino a raison. On est coupés en deux, maintenant. »

Qu’en pensent les nuages ?

Enchantée par la découverte d’un fait historique méconnu, je déclare haut et fort que Le train des enfants est un coup de coeur! Dans la période d’après-guerre, la rupture entre le nord et le sud de l’Italie nous est contée du point de vue d’un enfant. Ce choix de narrateur m’a touché dès les premières pages. En accord avec cette approche, Viola Ardone adopte un style simple, sans fioritures, très descriptif et à l’image de son héros. Sans barrières aucunes, Amerigo dit Nobel (ce petit a une explication pour tout!) évoque ses angoisses, ses peurs, ses questions et ses réjouissances.

Son récit début à Naples en 1946, quelques jours avant son départ pour la Haute-Italie. En effet, les camarades du parti communiste décident d’envoyer des enfants défavorisés du sud vers le nord. Amerigo, ses amis Tommasino et Mariuccia et bien d’autres enfants vont rouler des heures en train pour atteindre les régions où la vie est plus confortable. Quittant parents, fratrie et ruelles familières, la séparation est pleine d’émotions et d’incompréhension.

Désormais, les enfants du sud vont être confrontés à un univers différent. À travers les yeux d’Amerigo, j’ai pu apprécier les particulières régionales. De l’accent aux habitudes culinaires en passant par les prénoms, les dialectes et la culture, notre narrateur découvre un contraste frappant. Parfois, j’ai eu du mal à croire qu’il était toujours dans le même pays. Comme si une frontière avait été franchie pendant le voyage en train.

Un phrasé plein de sensibilité et une espièglerie digne des enfants permettent d’aborder ce déchirement et cette adaptation à leur nouvelle vie avec beaucoup d’humour. Jeune garçon à l’esprit vif, Amerigo est très attachant et drôle. Ses remarques franches et ses jeux enfantins font naître des sourires parfois des rires. Son épanouissement dans sa « nouvelle » famille est d’abord bridé par ses souvenirs de Naples puis paraît de plus en plus naturel. Fini la faim, les chaussures usées et l’absentéisme scolaire. Il se découvre même une passion pour le violon. Une réelle affection naît entre Amerigo et sa famille du nord qui l’accueille avec une générosité et une sincérité exemplaire. Mais son séjour a une fin…

À son retour dans le sud, Amerigo subit les désillusions, les incompréhensions et se retrouve face à un dilemme. Le peu d’enfance et de naïveté qui lui reste s’évapore. J’ai apprécié que l’auteure explore différentes issues possibles à ce séjour dans le Nord. Par exemple, Tommasino retourne dans sa famille biologique sans encombres et reste en bons termes avec sa famille d’accueil. Avec l’accord de son père, Mariuccia préfère ne pas revenir à Naples.

Au fil des pages, je me suis posée quelques questions concernant Amerigo : que va-t’il devenir ? Comment va-t’il gérer ce déracinement ainsi que les retrouvailles avec sa mère Antonietta? Questions qui trouvent leurs réponses dans la quatrième partie…

J’ai d’ailleurs été enchantée par cette dernière partie qui nous permet de retrouver Amerigo alors adulte en 1994. Le changement est perceptible dans les tournures de phrases plus matures, plus élaborées. Je ne parlerais pas d’un parcours brisé mais plutôt d’un héros qui n’a pas été épargné par la vie. Enfin, l’occasion lui est donnée de faire la paix avec son passé et avec sa famille napolitaine.

Vous l’aurez compris ce roman historique lumineux et terriblement touchant m’a conquise. Il s’agit d’un bel hommage aux quelques 70 000 enfants qui, souvent malgré eux, ont parcouru les voies ferrées vers le Nord. Une lecture sensible où l’on voit battre le coeur d’un petit garçon déchiré par un simple A/R en train.

Note : 5 sur 5.

Le train des enfants, Viola Ardone
Editions Albin Michel
Parution : 6 janvier 2021
304 pages

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