Chroniques, Littérature

Mamba Point Blues – Christophe Naigeon | Avis

Jazz et voyages pour une saga historique enrichissante

Dès sa sortie en août dernier, Mamba Point Blues avait capté mon attention. Attirée par les thèmes abordés et la toile de fonds historique, j’ai été très heureuse de le recevoir dans le cadre d’une Masse critique. Un grand merci donc aux équipes de Babelio et des Presses de la Cité !

Qu’en dit l’éditeur ?

1918. Percussionniste virtuose à l’école des djembés de Gorée, Jules, interprète du régiment de Noirs américains sur le front de cette France ravagée qu’il ne connaît qu’à travers Maupassant, vit à l’aube de l’armistice un amour éphémère avec l’épouse d’une « gueule cassée ». Ce souvenir indélébile l’accompagnera après la guerre dans son long périple à travers l’Amérique bouillonnante des Années folles, quand il rejoint le jazz-band de ses anciens compagnons de guerre, en tournée dans le Sud raciste, puis triomphe au célèbre Cotton Club de New York.

Sa vie croise celle de Joséphine Baker qui l’emmène, avec sa Revue nègre, à Paris où l’amitié qu’il scelle avec l’écrivain-espion Graham Greene les entraîne dans une périlleuse expédition en Afrique. Ils iront jusqu’à Monrovia, capitale du Liberia, sur les traces de Julius Washington, l’arrière-grand-père de Jules, premier grand reporter photographe noir américain. Alors que de nouveau une guerre s’annonce, Jules s’installe à Mamba Point, dans la maison de Julius, l’homme qui a tenté de révéler la véritable histoire de ce pays : celle de ces esclaves affranchis envoyés en Afrique pour bâtir une nation libre. Un rêve devenu cauchemar.

« Pardon Liberty, mais ce n’est pas mon Afrique! L’Afrique est plus grande que l’Amérique. Il y a des Afriques. Avec des climats, des paysages, des gens qui n’ont pas plus à voir entre eux que les Inuits d’Alaska et les Pueblos du Nouveau-Mexique. »

Qu’en pensent les Nuages ?

Après Liberia qui contait l’histoire de Julius Washington, Mamba Point Blues suit les péripéties de son descendant Jules Canot. Comment décrire ce deuxième volet ? Je parlerais de véritable « roman documentaire ». En deux mots : une histoire dense mais passionnante. En effet, on ressent la plume du journaliste tant le récit est bien documenté. Les repères géographiques et historiques foisonnent de précisions. Quelques chapitres ont été nécessaires pour m’habituer au style très fourni de l’auteur : des phrases longues, des descriptions détaillées accompagnées de nombreuses dates. En début d’ouvrage, une carte nous permet de suivre le périple africain de Jules. J’y aurais rajouté un arbre généalogique pour mieux comprendre les différentes ramifications familiales.

Il m’a fallu près d’un mois pour venir à bout de ce pavé. Finalement, ces plus de 500 pages auraient pu alimenter plusieurs romans. Mais loin d’être une lecture laborieuse, ce fut le temps nécessaire pour apprécier, savourer et digérer cette histoire effervescente. Dundumba, dundumba…Amérique, Europe et Afrique…quel voyage au rythme des percussions de Jules! Grâce à une plume immersive, je l’ai vu évoluer de ses combats en compagnie des Hellfighters à sa fin de vie à Dartmouth. Héros atypique, il observe le monde et tente d’y décrypter sa place. Surnommé « Black Frog », il vit au gré de ses pulsations et de sa propre quête musicale. De 1918 aux années 80, la vie de Jules rencontre l’Histoire ponctuée tant de joies que de déceptions. C’est le prétexte idéal pour croiser des personnages renommés tels que Joséphine Baker, Barbara et Graham Greene ou encore Duke Ellington. Sans oublier le jazz, cette musique qui tient une place centrale dans le récit.

Mamba Point Blues fut aussi l’occasion d’en apprendre plus sur le retour des esclaves noirs américains au Liberia. S’adapter à un pays et aux coutumes qui ne sont plus le leurs ne se fera pas sans abus, corruption et violence. Christophe Naigeon aborde la question identitaire, le retour aux sources et la reconstruction avec beaucoup de finesse et d’objectivité. En parallèle des aventures de Jules, j’ai trouvé très intéressant de suivre sa cousine Diane Pequot, métisse amérindienne. Au coeur de Harlem, elle incarne la lutte pour le mouvement des droits civiques, entre espoirs, concessions et contradictions.

Je salue la création d’un site internet dédié au roman, qui permet de compléter nos connaissances historiques et musicales. Une playlist a d’ailleurs été compilée pour accompagner la lecture.

Saison II d’une saga familiale hors norme, Mamba Point Blues fut une lecture plaisante et très enrichissante.

Note : 3.5 sur 5.

Mamba Point Blues, Christophe Naigeon
Editions Les Presses de la Cité

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