Chroniques, Littérature

Une soupe à la grenade – Marsha Mehran | Avis

Gastronomie iranienne et quête identitaire : un délicieux roman de Marsha Mehran

Que ce soit en raison de sa belle couverture colorée, de la fin tragique de son auteur ou des sujets traités, Une soupe à la grenade faisait partie des titres que je souhaitais lire en 2021. C’est chose faite! Sur fond de révolution iranienne, ce fut une lecture savoureuse, touchante et marquante.

Qu’en dit l’éditeur ?

Trois jeunes sœurs ayant fui l’Iran au moment de la révolution trouvent refuge dans un petit village d’Irlande pluvieux et replié sur lui-même. Elles y ouvrent le Babylon Café et bientôt les effluves ensorcelants de la cardamome et de la nigelle, des amandes grillées et du miel chaud bouleversent la tranquillité de Ballinacroagh. Les habitants ne les accueillent pas à bras ouverts, loin s’en faut. Mais la cuisine persane des trois sœurs, délicate et parfumée, fait germer d’étranges graines chez ceux qui la goûtent. Les délicieux rouleaux de dolmas à l’aneth et les baklavas fondant sur la langue, arrosés d’un thé doré infusant dans son samovar en cuivre, font fleurir leurs rêves et leur donnent envie de transformer leur vie.
Marsha Mehran s’est inspirée de sa propre histoire familiale pour composer ce roman chaleureux et sensuel où la cuisine joue le plus beau rôle. S’y mêlent le garm et le sard, le chaud et le froid, tristesse et gaieté, en une alchimie à l’arôme envoûtant d’eau de rose et de cannelle.

Grâce à ses recettes, elle les encourageait à accomplir des choses qu’ils estimaient auparavant impossibles; une bouchée d’un plat qu’elle avait préparé et ils commençaient non seulement à rêver, mais aussi à réellement envisager d’agir en conséquence.

Qu’en pensent les Nuages ?

Qu’on se le dise, j’ai frôlé le coup de cœur ! Au Babylon Café, je suis tombée sous le charme de ses trois propriétaires : Marjan, Bahar et Layla. Très différentes les unes des autres, les sœurs Aminpour m’ont profondément touchée.

Une fratrie mise à rude épreuve

Les trois soeurs s’efforcent de rester soudées et de surmonter ensemble les épreuves de la vie. Marjan la cuisinière hors pair, Bahar aux angoisses sans limites et Layla à la beauté saisissante. Au présent s’ajoutent des flashbacks réguliers qui nous éclairent sur leur vie en Iran, leur fuite semée d’embûches et les horreurs liées à la révolution. Marsha Mehran ne tombe pas dans le larmoyant et fait ressortir avec brio leur courage face aux dérives humaines. On s’émerveille de leur parcours et l’envie nous vient de les soutenir. Au fil des pages, on en apprend beaucoup sur l’aînée Marjan et sa cadette Bahar, sur leurs projets, leurs erreurs, les sacrifices consentis et les non-dits. Étant très jeune au moment de certains évènements, Layla ne détient pas toutes les clés pour décrypter ses soeurs. Elle représente un renouveau teinté d’insouciance et tente de goûter aux joies de l’adolescence, sous l’oeil attentif de ses aînés. Cependant, l’âge n’immunise pas contre les aléas et les séquelles de la vie.

Exilées sur les terres irlandaises

Comme on peut s’y attendre, leur arrivée dans un village irlandais typique ne se déroule pas sans encombre. S’inspirant de son vécu, l’auteur décrit avec justesse la vie rurale à Ballinacroagh. Grâce au panel de personnages très représentatif, elle s’attaque aux préjugés latents, à la peur de l’étranger et au racisme acerbe. Certains passages sont révoltants mais ô combien criants d’actualité. J’ai apprécié que les personnages secondaires ne soient pas complètement « noirs ou blancs ». La prise de conscience des habitants est crédible et apporte un certain espoir.

Une lecture qui éveille les papilles

Ce fut un régal de lire ce récit ponctué de recettes persanes. Elles ne servent pas qu’à combler des pages vides car les plats sont ensuite cuisinés par les soeurs Aminpour. Une mise en scène immersive qui éveille nos sens sans pour autant rompre le rythme de l’histoire. Mon seul regret : le manque de détails concernant la révolution iranienne en elle-même. Ce pan de l’Histoire est évoqué via des souvenirs éparses, parfois diffus. J’aurais apprécié que l’auteur creuse un peu plus le contexte. Il ne faut pas s’attendre à une analyse géopolitique de l’évènement car ce sont les sentiments des soeurs et le vécu de l’intérieur qui priment.

Chargée d’émotions fortes, la plume de Marshan Mehran est légère, poétique et fluide. Avant sa mort en 2014, elle a écrit un second tome intitulé Rosewater and Soda Bread (en). Il ne me semble pas que cette suite soit traduite en français, mais j’espère que les éditions Picquier y penseront un jour.

À la fois doux et amer, Une soupe à la grenade est un hommage vibrant parsemé d’humour et de tristesse. Un hommage brillant aux victimes des révolutions, aux êtres déracinés cherchant inlassablement un foyer et un nouveau départ.

Une soupe à la grenade : à qui le recommander ?

Aux gourmands, aux amateurs de récit d’exil, aux coeurs tendres.
Un roman sensible aux saveurs exquises.

Note : 4 sur 5.

Une soupe à la grenade, Marsha Mehran
Parution : 08/2021
Editions Picquier
304 pages

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